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Contribution du BNEI sur les CPGE pour la table ronde de la commission culture de l’Assemblée Nationale

Les classes préparatoires aux grandes écoles scientifiques proposent de sélectionner les élèves à l’issu du cycle secondaire pour les préparer aux concours d’entrée des écoles d’ingénieur, des écoles normales supérieures ou des écoles militaires. A ce titre, le Bureau National des élèves Ingénieurs est directement concerné par le modèle mis en place qui assure la formation de 40% des élèves de la filière ingénieur.

Le but de cette contribution est donc de présenter les caractéristiques qui en font un système efficace qui possède toutefois quelques faiblesses.

Aujourd’hui, cette formation mène la quasi-totalité de ses effectifs à une réussite des cursus dans l’enseignement supérieur. Cependant, bien que ce soit l’une des formations les plus accessibles financièrement, il lui est souvent attribué le qualificatif d’élitiste, notamment à cause de son caractère sélectif.

Le BNEI estime que le système de CPGE est aujourd’hui un système qui fonctionne et qui doit être pérennisé, éventuellement modernisé.

La pérennisation et l’augmentation du nombre de CPGE semblent alors un moyen efficace pour améliorer la réussite du plus grand nombre au sein de la structure de l’enseignement supérieur français. Cependant, la mise en place de solutions pour assurer l’égalité des chances, sur la base des critères sociaux, pour l’accès à ce type de formation est tout aussi essentielle.

Les CPGE, une formation sélective accessible

Les CPGE sont des formations sélectives qui préparent de jeunes bacheliers à présenter les concours d’entrée aux grandes écoles au terme d’un cursus de deux ans. Ce principe sélectif valorise l’élève à l’entrée et il devient une source de motivation pour la suite de sa formation. Il assure entre autre une certaine maturité des étudiants face au travail.

L’enseignement s’effectue dans des classes de 24 à 48 élèves conférant un esprit de promotion aux étudiants. L’objectif de la formation étant la réussite à un concours, l’équipe enseignante lui fait confiance pour réussir au sein d’une formation exigeante et de qualité. Cette fierté d’appartenir à un groupe stimule la réussite du groupe et de l’individu par un savant dosage entre compétition et entraide. Ce système basé sur l’émulation permet de tirer le meilleur du plus grand nombre. L’équipe enseignante de par la sélection et donc la confiance qu’elle place en chaque élève est encore plus motivée à s’investir dans la scolarité et le suivi des étudiants.

Il se crée ainsi un cadre de travail propice au dépassement de soi.  Les préjugés de pression psychologique par le rabaissement des élèves sont largement datés. Pour lutter contre les idées reçues le BNEI encourage les CPGE à informer concrètement les élèves de lycées et les parents qui ont encore une forte influence sur la scolarité de leurs enfants, mais aussi les enseignants du secondaire qui bien souvent n’ont pas une vision précise des méthodes et des cadres de travail en CPGE et n’encouragent pas les élèves à candidater en CPGE.

Bien que sélectives les classes préparatoires restent néanmoins des plus accessibles. En effet, elles sont présentes sur l’ensemble du territoire dans les mêmes proportions que les formations universitaires. Ainsi, d’après le rapport du sénateur Bodin, 365 lycées proposent des CPGE avec une très forte concentration sur Paris : 30% de l’ensemble des inscrits en région parisienne, ce qui correspond à la répartition de la population française. Ces formations sont donc géographiquement accessibles pour les élèves à l’issu du cycle secondaire. Cependant, ce maillage territorial à tout intérêt à être amélioré puisqu’il assure un accès socialement égalitaire en limitant l’éloignement entre les familles et les étudiants ainsi qu’en diffusant au mieux les informations sur l’accès à ces filières. Cela permettrait d’améliorer une situation où encore 21 départements sont sans CPGE.

Les classes préparatoires sont parmi les formations les moins coûteuses pour l’élève au sein desquelles les bourses suffisent à couvrir la totalité des dépenses de logement dans le cas d’obtention d’internat. Cependant, le nombre de places actuelles en internat (13560 lits) ne permet de ne loger que 34 % des demandeurs ce qui est largement insuffisant. Il apparaît donc comme primordial de favoriser le développement d’internats, ceci est la clef d’une plus grande accessibilité de cette formation.

De plus, hormis certains lycées très sélectifs les CPGE locales ne nécessitent pas une réussite réservée aux seuls 5 premiers de classe ni ne sont exclusives aux élèves issus des  “grands lycées”.  Contrairement aux idées reçues, un goût pour les sciences et une moyenne dans les matières scientifiques entre 11 et 13 dans un bac S suffisent largement à trouver une place dans ce système qui recherche bien plus des “vocations” pour les métiers des sciences et de la motivation que des résultats excellents lors du cycle secondaire. Par expérience, l’excellence en lycée n’est pas une garantie de réussite en classe préparatoire et bien souvent des élèves aux résultats plus modestes ayant déjà des habitudes de travail et ayant déjà appris à persévérer pour comprendre réussissent mieux.

Cependant, on observe une disparité sociale importante avec un net avantage pour les élèves issus de familles de cadres supérieurs ou d’enseignants qui représente ainsi 56% du total d’étudiants au sein de ces formations. Cette disparité s’explique par deux phénomènes. Premièrement, une méconnaissance du système des CPGE par le grand public qui entraîne un grand nombre d’autocensures notamment chez les élèves issus des catégories socioprofessionnelles les moins présentes dans les effectifs des CPGE. A cause de mauvaises informations dispensées par les professeurs du secondaire, ceux-ci n’envisagent pas de s’inscrire dans ces formations car ils ne se croient pas assez bons. Deuxièmement, cette disparité est aussi le fruit d’une inégalité préexistante dans les filières de recrutement des classes préparatoires. 30% des parents d’élèves sont issus de milieux favorisés en filières générales du secondaire, proportion qui est accentuée si l’on considère simplement la filière S. De ce fait, il faut favoriser la réussite des élèves issus des milieux défavorisés au cours du cycle secondaire et améliorer leur goût pour les sciences. C’est par cette voie que l’on améliorera la présence de ces catégories socioprofessionnelles au sein de CPGE.

Les CPGE réalisent une sélection sur les résultats mais ne présupposent en aucun cas des moyens financiers importants de la part des candidats pour suivre la formation. Cette sélection sur les résultats génère un déficit de représentation de classes défavorisées pour partie hérité des inégalités introduites par l’enseignement primaire et secondaire.

Ainsi, le BNEI propose que soit engagé un travail de communication et de pédagogie en faveur des CPGE auprès des lycéens, en particulier à l’attention dans les établissements qui ne possèdent pas de formations post-bac. Il n’y a généralement pas de défaut d’information pour les lycées qui possèdent des CPGE. Cet effort d’information aura pour objectif de rééquilibrer la représentation des catégories socioprofessionnelles. Les CPGE ne peuvent cependant rattraper à elles seules le déséquilibre déjà présent au niveau des formations du secondaire.

De plus, dans le but de donner un cadre de travail idéal pour les étudiants et par soucis d’équité, il apparaît nécessaire d’augmenter le nombre de places d’internat dans les CPGE. La formation intense ne peut permettre une perte de temps excessive dans les transports.

Une formation de grande qualité

En CPGE les enseignements sont prodigués par des enseignants dédiés à temps plein à la formation et la réussite de leurs élèves. L’enseignant se doit de s’investir au maximum dans son travail. En effet la sélection des élèves donne une responsabilité supplémentaire aux enseignants vis-à-vis de la réussite de leurs élèves puisqu’ils les ont eux-mêmes choisi. C’est pourquoi, en plus des classes à effectif réduit, l’encadrement des élèves est de bonne qualité. Le suivi quasi personnalisé permet de faire fi de toute discrimination sociale et ainsi faire en sorte que l’ensemble des élèves se retrouvent à égalité face à la formation. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder le faible nombre d’organismes privés qui ont pu pénétrer la sphère des CPGE, et ce malgré l’importance des concours qui sanctionnent ce cycle de formation. L’efficacité des CPGE dans la réussite de leurs étudiants n’est donc plus à démontrer.  Cette efficacité est en parti due au contrôle continu extrêmement régulier, que ce soit sous la forme de devoirs écrits hebdomadaires ou sous forme d’entretiens oraux appelés “colles ou khôlles”, l’élève a constamment à sa disposition des indicateurs pour se situer et faire un bilan régulier sur ses points faibles et points forts. Cela permet aux enseignants d’adapter directement leur pédagogie en fonction de l’évolution des résultats des élèves. Ces jalons bihebdomadaires, voire trihebdomadaires permettent de détecter très rapidement les situations d’échecs et d’accompagner au mieux les élèves. Les boucles de retour sur les enseignements que sont les colles permettent à l’enseignant de remettre en cause plus régulièrement ses supports de formation et sa pédagogie afin que les élèves puissent assimiler le plus efficacement la quantité importante de connaissances et de compétences au programme de CPGE.

La force de la formation en CPGE découle en effet des nombreuses connaissances et compétences acquises par l’élève. Nous distinguons les compétences scientifiques des compétences méthodologiques. Durant la scolarité de deux ans en CPGE, l’élève assimile énormément de connaissances scientifiques théoriques qui lui permettent par la suite de s’adapter très rapidement à toutes sortes de formations qu’elles soient ingénieurs, universitaires ou même techniciens supérieurs. Il n’est pas rare de voir des élèves qui peuvent se retrouver en situation d’échec en CPGE se réorienter vers d’autres formations et d’obtenir d’excellents résultats. Cela s’explique aussi par les méthodes de travail qui habituent l’élève à se dépasser, à adopter une certaine rigueur scientifique et un esprit de logique qui lui confèrent une forte capacité d’adaptation pour les autres cursus de l’enseignement supérieur. Le rythme de travail soutenu impose à l’élève une organisation irréprochable. Cette capacité de s’organiser le suivra tout le long de son cursus et lui permettra de s’adapter encore plus facilement aux différentes situations qui se présenteront à lui.

De plus, l’esprit de promotion qui règne en CPGE ainsi qu’une saine l’émulation créent une ambiance favorable au travail d’équipe. Celui-ci, encouragé par les enseignants, est une compétence majeure de la poursuite d’étude et de l’insertion professionnelle.

Il faut aussi noter que ces dernières compétences sont aussi développées par les Travaux d’Initiatives Personnelles Encadrés (TIPE) qui proposent à l’élève une initiation précoce aux démarches de recherche scientifique, ce qui est une exception de l’enseignement supérieur de premier cycle. Cette démarche de recherche est aussi de plus en plus présente du fait de la présence d’enseignants agrégés docteurs. Le doctorat dans les équipes pédagogiques, de plus en plus requis pour enseigner en CPGE, rassure quant aux capacités des enseignants à inculquer les bases de la recherche scientifique.

Il ne faut pas non plus oublier que la formation en CPGE a pour objectif d’amener l’élève à réussir les concours d’entrée aux grandes écoles. Les concours d’entrée aux grandes écoles confèrent une visibilité et une lisibilité indéniables quant aux compétences et connaissances que possédera l’élève en sortie de cycle.

Réussite et débouchés après une CPGE

La formation de qualité et le suivi important des élèves assurent aux CPGE des taux de réussite sans comparaison dans l’enseignement supérieur français. Quand les universités diplôment d’une licence 30% de leurs étudiants entrant après 3 ans de formation c’est 87% des étudiants engagés dans une classe préparatoire qui poursuivent et réussissent dans leur premier cycle.

Parmi les très nombreux débouchés possibles, les CPGE préparent aux concours d’entrée aux grandes écoles et nous pouvons observer un taux de plus de 75% d’élèves intégrant des écoles d’ingénieur. Ce cycle de formation les conduit jusqu’à une diplomation de niveau master avec le meilleur taux d’insertion professionnelle de l’enseignement supérieur.

C’est donc un système très performant pour préparer les élèves aux rigueurs de l’enseignement supérieur puisque l’immense majorité d’entre eux y obtient un diplôme. Seul 1% des élèves issus de classes préparatoires sort de l’enseignement supérieur sans diplôme à comparer aux formations universitaires pour lequel 10% des étudiants sortent du système sans diplôme du supérieur.

Bien que possédant un taux de boursier légèrement inférieur par rapport à d’autres formations d’enseignement supérieur, la formation se suffit à elle-même et n’impose pas une sur-sélection par l’argent  par des formations complémentaires privés. Ainsi, les candidats sont réellement à égalité vis-à-vis de la formation et les moyens financiers n’engendrent aucun avantage. Les CPGE sont donc un des meilleurs vecteurs de réussite dans notre société et donnent aux élèves les clefs de l’insertion sociale quelque soit la filière choisie par la suite.

Le redoublement y est aussi valorisé car il découle d’un choix de l’élève qui souhaite alors intégrer une école spécifique au plus près de ses projets professionnels futurs. De ce fait, cette année n’a pas la saveur d’un échec personnel et est d’autant plus valorisante quand l’élève atteint les objectifs qu’il s’est fixés. De plus, les étudiants qui souhaitent se réorienter au milieu de la formation de classes préparatoires le font avec succès en BTS, IUT ou en université pour l’immense majorité d’entre eux. Cette réorientation est d’ailleurs extrêmement facile puisque les CPGE s’inscrivent dans le modèle LMD et délivrent des crédits ECTS, valorisables dans de nouvelles formations. Ces crédits équivalents à une licence 2 permettent une réorientation jusqu’au niveau licence 3.

Propositions:

En vue d’augmenter la diversité sociale des élèves en CPGE le BNEI propose que soient ouvertes plus de CPGE en région. Cela aura pour effet d’améliorer le maillage territorial des CPGE et rapprocher encore plus les formations des élèves et de leur foyer, limitant alors la décohabitation. La proximité finira par promouvoir une certaine égalité des élèves devant l’accès au CPGE. La distance ne sera plus un facteur de discrimination sociale. En plus d’augmenter le nombre de CPGE sur le territoire, il s’agirait de les inclure dans des lycées défavorisés. Cela contribuera à lutter contre l’autocensure des élèves et à démocratiser encore plus ces formations.

Cette démystification, si elle ne peut l’être par la mise en place de nouvelles CPGE, doit alors être soutenue par une politique d’information ciblée, en particulier par les pairs, visant plus particulièrement les lycées dits “défavorisés”.

L’augmentation du nombre d’internat dans les lycées répond actuellement à une demande, contribue à l’ouverture sociale des CPGE et permet aux élèves boursiers de ne pas être tentés d’allier formation et “jobs étudiants”.

Les CPGE sont un système de formation qui marche et dont la demande ne faiblira pas au cours du temps. L’Etat se doit d’être un acteur majeur afin de garantir l’accès au plus grand nombre, sinon l’émergence de formations privées hautement discriminantes socialement prendront le pas sur l’offre publique et nous ferons face assurément à cette reproduction des élites que nous voulons à tout prix éviter.

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